"On est décomplexé", a souri le Toulousain, devenu Lyonnais depuis quelques années, en relevant le climat quasi-euphorique habitant sa formation. Le Colombien Carlos Betancur a gagné Paris-Nice voici deux semaines et l’espoir auvergnat Romain Bardet a rivalisé avec les meilleurs grimpeurs du peloton sur les routes du Tour de Catalogne ces derniers jours. Pour succéder au palmarès au Britannique Christopher Froome (Sky), Péraud a pu s’appuyer en Corse sur le prometteur Alexis Vuillermoz, autre ancien vététiste, pour l’aider en montagne. Sur les pentes de l’Ospedale, un col de 14 kilomètres (à 6,2 % de pente), le Jurassien, déjà en vue pendant le récent Paris-Nice, a provoqué la sélection au profit de son chef de file. Son accélération a causé la perte de l’Italien Michele Scarponi et du porteur du maillot jaune, le rouleur néerlandais Tom Dumoulin, distancé avant les cinq derniers kilomètres, puis du Luxembourgeois Bob Jungels.

Péraud, maître de ses nerfs, n’a plus gardé avec lui qu’un groupe réduit (F. Schleck, Frank, Sepulveda, Majka, Machado). Prêt à laisser partir les coureurs moins proches de lui au classement, il s’est fixé sur Frank, le plus dangereux de ses rivaux compte tenu des bonifications allouées à l’arrivée. "J’avais tout calculé, a-t-il reconnu. S’il gagnait l’étape, je devais faire au plus mal deuxième". Dès lors, le Français a suivi le Suisse quand Frank a tenté le tout pour le tout dans les derniers hectomètres en faux-plat montant. Sur la ligne, les deux hommes ont précédé le Portugais Tiago Machado de deux secondes et Frank Schleck, vainqueur en ce lieu trois ans plus tôt, de trois secondes.

Si l’aîné des frères Schleck a confirmé sa montée en régime, dans la continuité de son parcours de Paris-Nice, le cadet, Andy, n’a pas terminé la course. Il a travaillé en tête du peloton derrière l’échappée du jour, reprise bien avant l’Ospedale, et a été distancé dans l’avant-dernière montée. Tout comme Jérôme Coppel, qui est arrivé hors délai au sommet du col surplombant les eaux couleur turquoise du golfe de Porto-Vecchio. L’épreuve, dépourvue de grande tête d’affiche après le forfait tardif de l’Italien Vincenzo Nibali, a au moins couronné un coureur de valeur, abonné aux places d’honneur dans les courses par étapes d’une semaine. Médaillé d’argent en VTT aux JO 2008, Péraud s’est classé quatrième la semaine écoulée de Tirreno-Adriatico. Il succède à Pierrick Fédrigo, dernier Français vainqueur de l’épreuve, en 2010.

Source : eurosport.fr